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  Quelques rappels sur l'origine des patronymes 




 Il ne me parait pas inutile de commencer par quelques généralités, assez connues, mais peut-être pas par tous.

Pour faire bref, disons que le système antique, qui se fondait sur trois éléments: le prénom, le nom de famille ou gentilice et le surnom ou cognomen a disparu avec l'effondrement de l'empire romain au cinquième siècle. L'usage qui le remplace jusqu'à la fin du dixième siècle, est celui d'un nom unique. Ce nom peut être choisi aussi bien dans la ligne paternelle que maternelle. On constate une prédominance des noms d'origine germanique, puis peu à peu des noms d'origine chrétienne. Ce système a conduit à une concentration des noms, ces derniers étant généralement choisis dans la branche la plus prestigieuse. Le surnom, dont l'usage n'a jamais complètement cessé, prend dès lors une importance croissante. Dès la fin du onzième siècle et surtout au douzième, le surnom se transforme en nom de famille, en lien avec l'essor démographique de cette période et avec le grand nombre d'homonymes. Les régions méridionales, pays de droit écrit, sont en avance dans ce domaine.

Quatre sources essentielles ont formé les surnoms, qui sont devenus des noms, par ordre d'importance relative ce sont :

le lieu d'origine qui a formé en France beaucoup de patronymes,

le sobriquet se rapportant à une particularité des individus,

le prénom, nom de baptême du père, transmis au fils,

le métier. ( F. Chomel regroupe les métiers et les sobriquets dans la même catégorie).
 

Dès cette époque (onzième siècle), le surnom commence à se transmettre à l'héritier désigné, puis progressivement, devient un nom de famille, transmissible à tous les enfants. Le nom reste encore instable pendant un siècle, puis se stabilise à peu près définitivement. Les nobles y ajoutent un nom de seigneurie lorsqu'ils possèdent un fief, et parfois ce dernier se substitue au patronyme. Les seuls changements notables qui interviennent par la suite et jusqu'au dix-huitième siècle concernent les personnes d'origine étrangère dont le nom a été francisé, les migrants qu'on affuble du nom de leur pays d'origine, les enfants trouvés, ou les changements volontaires de nom... et bien entendu l'orthographe qui ne s'est véritablement fixée qu'à une époque toute récente. On remarquera aussi que les noms des femmes sont mis au féminin. C'est le cas par exemple de Suzanne VASSASSE dite aussi "la Vassasse".

Quelle est la part respective de ces différentes origines ? Pour la région du Vivarais, par exemple, dans des études récentes et approfondies, François CHOMEL pour le Haut Vivarais et Robert VALLADIER-CHANTE (op. cité) pour le Bas Vivarais sont arrivés aux pourcentages suivants, sachant que souvent une bonne part d'incertitude subsiste :
 

 
Haut Vivarais
Bas Vivarais
- Lieux d'origine :
40%
47%
- Sobriquets :
27%
10%
- Prénoms :
25%
31%
- Métiers :
08%
12%
François CHOMEL est l'auteur de l'excellent dictionnaire historique, géographique et étymologique des noms de familles du Haut Vivarais paru en 1992. Il a constaté, à la lecture de plusieurs cartulaires, que c'est à partir de 1050 qu'apparaît le deuxième nom, le surnom, qui va devenir transmissible au XIIème siècle. Ceci est confirmé par Robert VALLADIER-CHANTE (op. cité), et par Georges MASSOT pour le Gévaudan : c'est entre 1050 et 1096 date de la première croisade qu'un système à deux noms commence à se mettre en place.

Les statistiques que François CHOMEL et P VALLADIER-CHANTE ont établies se fondent sur l'étude très sérieuse des formes anciennes des patronymes et de leur évolution linguistique et déjoue les pièges d'une interprétation simpliste. Ces statistiques ne devraient pas être très différentes en Cévennes, région pour laquelle je n’ai pas trouvé d’étude spécifique. A l'évidence, les noms de famille issus de noms de lieux y sont largement les plus fréquents.

Dans la rubrique qu'il publie dans le Dauphiné Libéré, sous le nom de "lo Cercaire", Georges MASSOT montre comment les patronymes conservent parfois le souvenir du lieu où ils se sont formés. Un exemple significatif est le cas du nom Aurenge ou Aurange, courant en Vivarais, qui rappelle l'époque, le douzième siècle, où la ville d'Orange, d'où sont venus ces gens, s'écrivait "Aurenjo". "C'est ainsi, dit G MASSOT, que tel un fossile conservé dans une couche sédimentaire, le nom médiéval de la principauté, se trouve aujourd'hui cristallisé dans un patronyme qui révèle le secret de son origine".
 

Pour retrouver l'origine et la signification d'un nom de famille, il est indispensable de commencer par cerner au plus près son origine géographique. Pour cela, l'annuaire téléphonique accessible par Minitel est une bonne approche.

Ensuite, une fois cernée l'origine géographique, toute recherche sur l'origine d'un nom, n'a de sens que replacée dans son contexte historique local . Nous ferons donc une large place aux données historiques, en recherchant les plus anciennes, complétées par des recherches généalogiques. Cette recherche doit tenir compte particulièrement des parlers régionaux. Pour le cas qui nous intéresse, il s'agit de la zone occitane méridionale de type languedocien. En effet, comme nous allons le voir, c'est dans un pays de langue occitane que les premiers Vassas ont vécu.

Dans cette région, la prononciation du V se rapproche d'un B, cette tendance s'accentuant d'ailleurs d'est en ouest, ce qui explique qu'on trouve aussi des BASSAS, dont l'origine est la même. Il s'agit en quelque sorte d'une "mutation patronymique transmissible".

On trouvera dans l'ouvrage de Pierre BEC, "la langue occitane" (op cité), toutes explications sur les limites des dialectes occitans et sur le cas particulier du v, l'ignorance de la labio-dentale v correspondant à un b, trait qui oppose le languedocien au provensal et le rapproche du gascon et du catalan. Cet auteur cite la phrase de SCALIGER qui appelle l'Aquitaine un heureux pays parce que, pour ses habitants, "bibere est vivere".

Voici comment on est passé de Vassas à Bassas : Jean VASSAS né en 1709 à Vissec, fils de Pierre VASSAS et de Louise PUECH de Blandas, épouse le 18 novembre 1734 à Poussan, Jeanne MALOU. Il s'appelle alors Jean BASSAS, de même que son frère André. Leurs enfants et leurs descendants seront BASSAS. D'autres cas similaires ont dû se produire avant, puisqu'on trouve en 1611 sur Montpellier un mariage entre BASSAS et MASSAL, puis en 1695 à Pézenas, le mariage de Henri BASSAS du diocèse d'Agde avec Marie BAILLY, toujours à Pézenas en 1698 celui de Marguerite BASSAS de Tourbes avec Jean MARIE, et en 1708 Jeanne BASSAS de Tourbes épouse Pierre BASTIER.

Ceci prouve que les BASSAS ne sont pas tous issus de la même branche. on ne peut pas en conclure pour autant, sans une enquête plus approfondie, que tous les BASSAS auraient une origine VASSAS.

Il faut avoir à l'esprit, que si des noms de lieux se créent et disparaissent en permanence, les patronymes se sont fixés sur une assez courte période, en gros un siècle ou un peu plus, et qu'ils se sont par la suite transmis comme nous venons de le dire, généralement sans changement notable. Ceci explique qu'un patronyme conserve souvent intact le souvenir de son lieu d'origine, alors que ce nom de lieu a pu changer. Le nom se transmet avons nous dit à peu près sans changement, mis à part les évolutions linguistiques habituelles et l'orthographe qui ne se fixe qu'avec la création de l'état civil, et encore! Les variantes orthographiques respectent toujours la phonétique de l'époque et du lieu. C'est le cas des Bassas dont nous venons de parler.

Depuis l'origine, BEAUCARNOT (opus cité) estime que se sont succédées environ 18 à 20 générations jusqu'aux registres paroissiaux, soit 1630, et une dizaine de générations depuis, soit une trentaine de générations.

On remarquera que l'usage du surnom n'a jamais complètement disparu, lorsqu'au dix-neuvième siècle, l'accroissement démographique fait apparaître dans les villages de nombreux homonymes, la mode est alors de donner plusieurs prénoms, mais l'usage reste souvent d'utiliser un surnom.

Le cas des " Jean VASSAS" particulièrement nombreux, souvent plusieurs dans un même village, Jean étant le prénom le plus courant, donne prétexte à un sobriquet pour les distinguer. On trouvera par exemple: "Piquant"*, ou "le Chantre" ou encore "sans pitié"** (exemples rencontrés à Molières au dix neuvième). Nous ferons plus loin la connaissance de "Thonard"*** en 1585 à Navacelle, et nous rencontrerons aussi "Rayne", "Petit" et "Pescaire" à Montdardier à peu près à la même époque. En 1598, Antoine VASSAS, fils de Jean VASSAS dit "Raynas" et d'Antoinette FOURNIERE, est appelé 'Reynet" (J Bonhomme). Guillaume VASSAS de St Laurent le minier est aussi appelé "lou Rey" (J Bonhomme 1594)

* Jean Vassas dit "piquant" (1722-1805) +11/05/1805 (Molières),

** Jean Vassas dit "sans pitié"(1763-1811) x Jeanne Martin + 20/11/1811 (Molières).

*** Pour Thonard, je pense qu'il faut comprendre "tonnard" et expliquer ainsi la signification de ce sobriquet : les habitants de Navacelles étaient appelés "gulards" parce qu'ils étaient contraint de parler fort pour couvrir le bruit de la chute d'eau de la Foux. Le sobriquet de Rey ou Reyne est un héritage de la coutume très répandue, appelée reynage qui consistait à choisir pour un an des responsables de confrérie pour organiser des festivités, c'étaient des "reys" (des rois).
 

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Claude Vassas  -  Reproduction autorisée avec mention de l'auteur